26 avril 2007
Travailler plus Travailler moins?
Faut-il travailler plus ou faut-il travailler moins pour résorber le chômage ? Un clivage interessant à creuser sur le fond.
Il y a maintenant longtemps, on nous avait proposé les 35h. J’avais trouvé l’idée originale intéressante. A l’époque j’étais cadre dans l’informatique, c’était la bulle Internet tout était beau. Bon pour être honnête au début j’étais circonspect « on est déjà pas aux 39h, alors les 35... »
Mais bon avec les RTT ça « faisait sens » comme disent les anglais. Après tout, avec mon coté fourmis, j’avais de l’argent et pas trop de temps pour le dépenser.
Et tout ça c’est mis en place tranquillement, évidement avec un marché de l’emploi aussi tendu, impossible de faire un quelconque gel des salaires. Du temps, de l’argent que demande le peuple ? Le patronat est un peu plus réactionnaire que ce à quoi je m’attendais. Je me disais que nos gouvernants étaient des gens raisonnables et intelligents et que s’ils proposaient cela c’est que c’était raisonnable.
Et puis les choses on changé, l’éclatement de la bulle, puis le 11 septembre 2001. Certes une certaine modération des salaires s’annonçait, mais quel importance, je n’étais pas au SMIC, je n’allais pas faire la fine bouche. Et finalement, les élections présidentielles arrivaient, je me préparais tranquillement à votre pour Jospin, pas à l’aveugle, j’avais même acheté son livre, et je ressentait en lui une certaine honnêteté politique. La campagne ne m’a d’ailleurs pas fait changer d’avis, par contre j’ai découvert l’effet des 35h sur les hôpitaux, des ouvriers mécontents, ils voulaient les sous pas le temps libre. Pis il y eu le 21 avril, qui fut un choc, un désespoir, et le renoncement de Jospin alors que j’attendais la relance pour la revanche législative.
Et depuis 5ans de réflexion ? Pourquoi y a-t-il du chômage ? Quel est l’engrenage qui manque pour que les emplois se créent ? Les 35h ont-ils un coûts ? Qui le paye ?
Et des débuts de réponse, mes réponses.
Diminuer le temps de travail ça a évidemment un coût. Quand la croissance est forte, quand les gains de productivité sont important c’est partager le gâteau de la croissance sous forme de temps plutôt que sous forme d’argent. C’est un peu moins d’augmentation pour un peu plus de temps.
Quand la croissance est molle, qu’il n’y a pas vraiment de gâteau à se partager, c’est sacrifier des augmentations futures dérisoires pour du temps en plus, c’est baisser son pouvoir d’achat. Cela le partage-t-il ? Peut-être dans une certaine mesure. Mais il faudra peut-être un jour accepter que les 35h ont été en partie à l’oeuvre dans l’érosion du pouvoir d’achat (avec d’autres choses comme l’augmentation de l’immobilier)
Pourquoi y-a-t-il du chômage ? Si vous êtes paysan au moyen-âge, ce qu’il vous faut c’est un champs, c’est à dire du capital à investir. Notre système est-il en manque de capital ? Suffirait-il de jeter de l’argent et d’investir pour résorber le chômage ? Dans quoi ? Des Autoroutes ? Je n’y crois pas des capitaux il y en a beaucoup. Comment donc se créer les emplois ? Quelqu’un quelque part dans une entreprise lance un projet le vend, le fait grandir et un jour ce projet créera des emplois pour d’autres. Qui est ce quelqu’un ? Je n’ai pas la naïveté de croire que ce sont les chefs d’entreprises, en tout cas pas seulement eux. Les cadres ? Probablement en grande partie. Mais qu’a-t-on fait avec les 35h ? on a mis les cadres en vacances ! Que devient le projet du cadre pendant ses RTT ? Il attend, il dort. Avant les cadres avaient un deal; vous êtes bien payés mais vous bossez sans compter. Maintenant ils comptent leurs RTT et en plus ils vont dépenser en Tunisie ou au Maroc.
J’ai une image simple voire simpliste. Prenez Johnny ou votre chanteur préféré. Il fait une tournée, tout les soirs il joue. Si vous dites que l’éclairagiste doit travailler moins, on doit pouvoir trouver un autre éclairagiste, mais si vous dites au chanteur de faire moins de concerts, ça ne va pas créer un nouvel emploi de chanteur, ça mettra juste toutes les autres personnes qui en dépendent au chômage. Le spectateur verra aussi son niveau de vie baisser vu qu’il devra acheter autre chose qui lui plait moins, et peut-être même un truc importé.
J’en arrive à une conviction suivante ; non le chômeur n’est pas responsable de son chômage, on ne peut demander à une secrétaire de créer son propre emploi. Par contre il existe des personnes qui sont le chemin critique de l’économie, si elles travaillent plus alors le chômage diminuera. Ces personnes là, ont la responsabilité collective de créer de l’emploi, ces personnes là doivent être payer en argent plus qu’en temps libre pour le bien de tous les autres. Qui sont ces personnes ? Pas une classe de dominants, pas juste des entrepreneurs ambitieux, mais plutôt des chercheurs, des ingénieurs, ou aussi des ouvriers dans des métiers où il y a pénurie, comme le bâtiment. Si les bâtiments mettent plus de temps à se construire, si les délais pour faire des travaux sont plus long par manque d’ouvriers, alors d’autres projets sont ralentis, la croissance est ralentie, l’embauche est ralentie.
Et c’est pourquoi, aujourd’hui après avoir regardé Ségolène Royal avec curiosité et intérêt après avoir regretté que DSK ne soit pas candidat, je regarde avec un intérêt le programme de Sarkozy. Parce que pour moi « permettre de travailler plus pour gagner plus » ce n’est pas juste une concession au grand patronat. Non, c’est dire à ces français qui vont créer l’emploi des autres « on compte sur vous et on va vous payer ». Je ne crois pas à la promesse du libre choix des heures supplémentaire, mais je crois que ceux à qui on va le proposer sont ceux qui, aujourd’hui, par leur travail vont créer celui des autres.
Il y a des gens qui peuvent travailler 35h, mais il y en a d’autres, s’ils pouvaient bosser deux fois plus, même payés 3 ou 4 fois plus, la France y gagnerait. Même l’immigration choisie qui est une immigration de travail, bien choisie dans les bons secteurs, peut huiler l’économie et créer de l’emploi ailleurs dans d’autres métiers pour les Français. Aujourd’hui je suis fortement tenté par un vote Sarkozy, ou Bayrou, et en 2012 je reviendrais peut-être vers un vote pour un PS refondé sur une vraie social-démocratie, pour réparer les quelques excès du sieur Sarkozy.
Sarkozy eugéniste qu'a-t-il dit de si terrible?
Sarkozy eugéniste?
Que n'a-t-on pas entendu sur le sujet? Citons la phrase dans son contexte pour commencer. Il s'agit d'une discussion entre Michel Onfray et Nicolas Sarkozy pour philosophie magazine.
« M.O.: Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.
N. S.: Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs: certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. »
Que reproche-t-on à Nicolas Sarkozy? Plusieurs choses potentiellement contradictoires. On y verrait un discours eugénique d'une part, d'un autre coté on lui reproche de déresponsabiliser les pédophiles. On lui reproche une vision déterministe sans espoir, fataliste. On lui reproche de favoriser outre mesure l'inné sur l'acquis.
Le reproche le plus modéré et peut-être le plus raisonnable est celui de se parler de science alors qu'il faudrait laisser se discours aux scientifiques. Soit mais ce même reproche pourrait être fait à Michel Onfray! C'est une discussion de philosophie, elle s'aventure sur un terrain scientifique.
Dans le contexte, il n'y a rien de répréhensible.
Décryptons plus en détail le discours, et surtout définition le mot « pédophile ». En lisant la phrase de Michel Onfray, il paraît évident que la définition ici est bien « quelqu'un attiré sexuellement par des enfants » et non pas d'un criminel sexuel d'un prédateur ou d'un violeur. Nous parlons bien ici d'attirance sexuelle comme certains sont attirés par des femmes et d'autres par des hommes. Pourtant n'avons-nous pas tous entendu un jour un homosexuel affirmer qu'il était né ainsi qu'il a toujours été homosexuel? Qu'on soit d'accord ou pas, qu'on pense que l'acquis primordial sur l'orientation sexuelle des gens ou pas, ce genre d'affirmation n'a jamais valu que je sache, une telle levée de bouclier. D'ailleurs si une grande majorité d'hommes est attirée par des femmes alors qu'une grande majorité de femmes est attirée par les hommes, ce ne serait que du à l'environnement culturel, et aucun élément génétique ne nous pousserait à être attirés par le sexe opposé?
Comment arrive-t-on de là à l'eugénisme? Cela suppose qu'on imagine que tous les pédophiles passeront à l'acte? Ne peut-on pas croire à la nature humaine, au respect des autres qui malgré des pulsions un homme pourrait ne pas violer d'enfant? Qu'elle vision triste. Et devant un crime aussi affreux qu'il soit ne peut-on imaginer d'autre solution que l'eugénisme? Je n'ose croire que si un jour la science trouve le gêne de la pédophilie tous ces gens a priori humanistes vont s'écrier « ah si c'est vrai alors il faut recourir à l'eugénisme ». J'espère que ce n'est réellement qu'une réaction politicienne, ou au pire une telle diabolisation de Nicolas Sarkozy dans leurs esprits qu'ils ne peuvent lui prêter que les pires intentions.
Reproche suivant, celui d'excuser les pédophiles de les dépénaliser car ils sont malades. J'entends Ségolène Royal affirmer que les pédophiles sont conscients de leurs actes, sous-entendu « contrairement à Sarkozy ». Qu'elle inversion de discours gauche droite! On reprocherait à Sarkozy de vouloir trouver des excuses à des criminels? C'est plutôt un discours de gauche que de dire qu'ils faut soigner les criminels sexuels, discours qui n'a rien de scandaleux et qui est plutôt à l'honneur de la gauche.
Nicolas Sarkozy a depuis repréciser son discours et indique bien qu'il considère les violeurs d'enfants comme des malades ET des criminels. D'ailleurs si on reprend la définition de pédophile, on peut bien comprendre qu'un homme attiré par des enfants de 3 ans est un malade, un homme qui viole un enfant de 3 ans est un criminel. Un homme qui viole un enfant par ce qu'il a une pulsion, est un malade et un criminel. Un homme qui est attiré par une très belle femme est a priori normal, s'il la viole c'est un criminel. Le fait d'être attiré par une femme n'a jamais été une excuse pour la violer, je ne vois pas pourquoi ça le deviendrait quand il s'agit d'un viol d'enfant.
Il y a une catégorie de personnes également qui rejettent l'idée au non de la morale, que cette notion serait trop horrible. « Je voudrais dire à quel point nous avons été choqués, bouleversés même, heurtés par les déclarations du candidat de l'UMP qui estime que la pédophilie est génétique. » dit Ségolène Royale. Alors maintenant à mon tour de m'insurger, et de m'inquiéter, quand les valeurs morales dictent la science nous sommes en danger. C'est bien parce que certains ont été heurtés par l'idée que la terre puisse ne pas être le centre du monde que Gallilée a du se taire. Et pour compléter, en quoi le déterminisme social de Marc Onfray, qui nie en partie le libre arbitre serait plus moral.
Finalement je voudrais pousser la réflexion quelque peu plus loin. Comme Michel Onfray à mis l'homosexualité, l'hétérosexualité et la pédophilie sur le même plan dans sa phrase, la notion de « malade » peut évoquer des choses peu reluisantes pour certains. Il est vrai que certains milieux très conservateurs considèrent les homosexuels comme des malades qu'il faudrait soigner. J'ai conscience que ce parallélisme peut heurter. J'ai tendance à croire qu'il y a une notion de maladie dépendante de la société, des maladies qui n'atteignent pas le malade en lui-même mais sa capacité à s'intégrer dans la société. On a appris avec le temps à changer la société et à accepter des différences comme n'étant pas des maladies. On arrête de faire des générations de gauchers contrariés. On a appris à changer la société plutôt que de vouloir changer les homosexuels. Mais pour la pédophilie la comparaison s'arrête là, nous ne sommes pas en mesure d'imaginer une pédophilie assouvie sans victimes, il faudra donc continuer à les considérer comme des malades et à en faire des pédophiles contrariés.
La question qui restera posée est la suivante, si une personne vient voir un jour un médecin en lui disant « docteur aidez-moi j'ai des pulsions quand je vois des enfants, aidez-moi à ne pas faire une bêtise », saura-t-on l'aider réellement, sans le juger, sans le traiter de monstre? C'est apparemment ce que souhaite Sarkozy, et au delà des caricatures c'est ce que souhaite surement toute la gauche.